
Le lion est le roi des animaux. Il est juste et bon.
Mais voici qu’un jour, la Reine Mère mourut. À ses funérailles, le lion convoqua tous ses sujets. Que
tu aies envie de pleurer ou que tu n’aies pas envie de pleurer, il fallait obligatoirement verser des
larmes.
La hyène était là, qui pleurait abondamment. L’éléphant, le grand éléphant était là, qui versait des
larmes abondantes. Le phacochère était là, qui hurlait de douleur. Bref, tous les animaux étaient là.
Tous les animaux ? Non, quelqu’un manquait. Quelqu’un qui se prenait pour le plus malin des
animaux, avec ses oreilles grandes comme des éventails ! C’est le phacochère qui le remarqua. Et le
phacochère d’aller dire au roi, en pleurant davantage :
― Majesté ! Oh Altesse ! Regardez bien. Moi, je suis là, en train de pleurer la mort de la Reine
Mère. L’éléphant, le grand éléphant est là, en train de pleurer la mort de la Reine Mère. La grande
girafe est là, en train de pleurer la mort de la Reine Mère ; même la petite pintade est là, en train de
pleurer la mort de la Reine Mère. Mais il y a quelqu’un qui n’est pas venu ; et ce quelqu’un, il est
content que notre Reine Mère bien-aimée soit morte. Voilà, j’ai dit !
Le lion devint aussitôt furieux et rugit :
― Mais qui cela peut-il être ? Dis-le-moi tout de suite !
― Mais le lièvre, majesté ! Le petit lièvre ! Il est content que notre Reine Mère bien-aimée soit
morte !
Le lion devint encore plus furieux. Il rugit de nouveau :
― Donc, le petit lièvre, il est content que ma mère soit morte ! Le petit lièvre me trouvera ici. Qu’on
aille le chercher tout de suite ! Qu’on me l’amène mort ou vif !
La petite pintade est l’amie du petit lièvre. La petite pintade profita du brouhaha pour s’envoler à tire-
d’aile. Elle alla voir le lièvre et lui dit :
― Petit lièvre, le phacochère t’a dénoncé auprès du roi. Si tu ne fais pas quelque chose tout de
suite, tu seras mangé cru !
Le petit lièvre remercia son amie en lui disant :
― Devance-moi chez le roi. Tu verras comment je vais me tirer de cette affaire. Car moi, c’est moi !
Le petit lièvre alla prendre son tambour, et le voici qui arriva à la cour du roi. Il joua de son tambour et
chanta :
― La pintade, la petite pintade chante la mort de la Reine Mère. Mais, regarde, mon roi. Regarde
bien le phacochère. Il a les dents dehors, c’est lui qui rigole ! Le grand éléphant ! Même le grand
éléphant est en train de pleurer la mort de la Reine Mère. Mais regarde, majesté ! Regarde bien le
phacochère. Il a les dents dehors. N’est-ce pas lui qui se moque de toi ?
Le lion regarda le phacochère qui tirait ses lèvres pour essayer de cacher ses défenses, mais n’y
arrivait pas. On se dérobe difficilement à sa nature !
― Petit lièvre, dit le lion en maugréant, répète ta chanson, viens la répéter dans mon oreille !
Le lièvre vint s’agenouiller face au lion pour répéter sa chanson. Il pleurait. Ses larmes étaient
sincères :
― Regarde le phacochère. Il a les dents dehors… !
Le lion pensa qu’effectivement, c’était le phacochère qui se moquait de lui ! Il bondit sur lui, le griffa, le
mordit jusqu’à lui arracher tous ses poils.
Voilà pourquoi les vieux phacochères, même de nos jours, n’ont pas de poils sur leur peau.
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